diffuseur d'art et de littérature en librairie
Un livre d’art coûte le même prix dans une librairie de quartier, dans une grande surface culturelle et sur un site marchand. Ce n’est pas un hasard du marché : c’est la loi Lang, votée en 1981, qui a posé cette règle. Pour un diffuseur de catalogues indépendants, elle reste l’une des conditions de base du métier.
Le principe tient en une phrase : c’est l’éditeur, et lui seul, qui fixe le prix de vente public d’un livre neuf. Ce prix est imprimé sur l’ouvrage, et tout vendeur doit le respecter. La seule marge de manœuvre laissée au commerçant est une remise limitée à 5 % de ce prix. Au-delà, la vente est illégale, que le livre soit vendu en rayon, sur un salon ou en ligne.
Vu de l’extérieur, la mesure paraît technique. Elle déplace pourtant toute la concurrence entre vendeurs. Puisqu’aucun d’eux ne peut casser les prix, ils se distinguent autrement : par le choix des titres, la qualité du conseil, la présentation en table, la capacité à commander rapidement un ouvrage introuvable ailleurs.
Avant 1981, les grandes enseignes pouvaient vendre les meilleures ventes avec de fortes remises. Le lecteur y gagnait sur quelques titres très demandés, mais les libraires indépendants perdaient justement ces ventes-là, celles qui leur permettaient de garder en stock des livres plus lents, plus exigeants, plus chers à défendre. L’idée de la loi était de protéger ce stock long, et avec lui la diversité de ce qui est publié.
Le raisonnement vaut encore aujourd’hui. Une librairie qui vend un beau livre d’artiste tiré à quelques centaines d’exemplaires ne le fait pas pour sa rotation. Elle le fait parce qu’elle peut compter, à côté, sur des ventes régulières qui ne sont pas aspirées par un concurrent capable de baisser le prix de 20 ou 30 %.
Pour un éditeur indépendant, fixer le prix est une vraie décision, et pas une formalité. Il faut couvrir la fabrication, souvent coûteuse dans l’édition d’art : papier choisi, impression soignée, façonnage particulier, petits tirages. Il faut aussi laisser la place à la remise consentie au libraire et à la part du diffuseur et du distributeur. Un prix trop bas rend le livre invendable sans perte ; un prix trop haut le coupe de son public.
Le prix unique apporte ici une forme de stabilité. Une fois le prix fixé, l’éditeur sait que son livre ne sera pas bradé à côté de chez le libraire qui l’a mis en avant. Cette assurance compte beaucoup dans la relation de confiance que nous essayons de construire entre les maisons et les librairies, comme nous l’expliquions à propos du rôle d’un diffuseur auprès des éditeurs indépendants.
La marge du libraire ne vient pas du prix public, qu’il ne peut pas modifier, mais de la remise que lui accorde l’éditeur au moment de l’achat. Cette remise dépend des conditions commerciales, du volume, de l’engagement du libraire sur un catalogue. C’est souvent là que se joue le travail du représentant : présenter les nouveautés, expliquer pourquoi tel titre mérite une place en vitrine, négocier des conditions qui rendent le pari raisonnable.
Dans une librairie spécialisée en art ou en graphisme, le prix unique permet aussi de travailler le fonds. Un catalogue raisonné, une monographie ou un livre de typographie peut rester en rayon pendant plusieurs années sans que son prix ne soit attaqué par une promotion ailleurs. Le libraire peut prendre le temps de trouver le bon lecteur.
La loi n’interdit pas toute baisse de prix. Un livre publié depuis plus de deux ans, et dont le dernier approvisionnement remonte à plus de six mois, peut être vendu moins cher par le libraire. C’est ce qui rend possibles certaines opérations sur le fonds ancien, ou la vente de soldes d’éditeur quand une maison décide d’écouler un reste de tirage.
Le livre d’occasion, lui, n’est pas concerné : son prix est libre. Les bouquinistes et les librairies qui mêlent neuf et occasion le savent bien, et doivent distinguer clairement les deux sur leurs tables.
La vente par correspondance a posé de nouvelles questions. Si un site pouvait offrir à la fois la remise de 5 % et la livraison gratuite, il retrouvait par un autre chemin l’avantage que la loi voulait supprimer. Le législateur est donc revenu plusieurs fois sur ce point pour encadrer les frais de port des livres, afin que la librairie physique et la vente en ligne restent sur un pied d’égalité.
Pour les éditeurs d’art, ce débat n’est pas abstrait. Leurs livres se feuillettent : le grain du papier, la tenue de la reliure, le rendu des couleurs se découvrent en main. La librairie reste le lieu où ces ouvrages trouvent le mieux leurs lecteurs, et c’est aussi pour cela que l’édition d’art indépendante en France reste si attachée à son réseau de librairies.
Plus de quarante ans après son adoption, le prix unique du livre fait partie du paysage au point qu’on l’oublie. Il ne garantit pas le succès d’un titre ni la survie d’une librairie. Il empêche seulement que la bataille se joue sur le prix, et laisse la place à ce qui fait le cœur de notre métier : choisir des livres, les défendre, et les mettre entre de bonnes mains.
C’est dans ce cadre que Paon diffusion accompagne les catalogues qu’elle représente auprès des librairies.