diffuseur d'art et de littérature en librairie
Un livre d’art peut être magnifique et rester invisible pour toute la chaîne qui le sépare du lecteur. Le libraire ne peut pas le commander, le distributeur ne peut pas le référencer, la bibliothèque ne peut pas le classer. Tout cela tient à quelques numéros et à quelques formalités que l’on règle, de préférence, avant l’impression plutôt qu’après.
L’ISBN, pour International Standard Book Number, identifie une édition précise d’un titre. Il compte treize chiffres depuis le 1er janvier 2007. En France, les numéros sont attribués par l’Agence francophone pour la numérotation internationale du livre, l’AFNIL, qui remet à chaque éditeur son préfixe et une plage de numéros.
Le point qui surprend les premiers éditeurs : l’ISBN ne désigne pas « le livre » au sens de l’œuvre, mais chacune de ses formes. Une version brochée et une version reliée n’ont pas le même numéro. Une édition numérique non plus. Une réimpression à l’identique garde le sien, mais une nouvelle édition dont le contenu ou la mise en page change vraiment doit en recevoir un autre. Se tromper dans un sens ou dans l’autre produit des fiches en double chez les libraires, ou au contraire deux ouvrages différents confondus sous une seule référence.
Le code-barres que l’on imprime en quatrième de couverture encode l’ISBN au format EAN-13, avec un préfixe 978 ou 979. Il n’apporte aucune information de plus : c’est le même numéro, lisible par une caisse. Il se génère à partir de l’ISBN, pas l’inverse, et il se place avant le bon à tirer, parce qu’un code décalé ou trop petit force à retirer une couverture.
Quelques vérifications simples avant d’envoyer le fichier : le code est-il assez grand pour être lu sans effort ? Se détache-t-il sur un fond clair et uni plutôt que sur une photographie ? Le numéro imprimé en clair sous les barres correspond-il à celui de la fiche catalogue ? Sur un livre d’artiste ou un objet éditorial aux couvertures travaillées, on prévoit souvent un petit cartouche blanc dédié, quitte à l’intégrer au dessin plutôt que de le subir.
Le dépôt légal existe en France depuis l’ordonnance de Montpellier, signée par François Ier en 1537. Son principe n’a pas changé : tout éditeur remet à l’institution chargée de la conservation, pour les livres la Bibliothèque nationale de France, des exemplaires de ce qu’il publie, afin que la production imprimée du pays soit conservée. L’imprimeur a aussi ses propres obligations de dépôt.
Pour un petit éditeur, la formalité se règle en ligne, et elle se fait à la parution, pas des mois après. Ce n’est pas une démarche administrative accessoire : c’est elle qui fait entrer le titre dans la bibliographie nationale et dans les bases que consultent les bibliothécaires et les libraires. Un livre à tirage confidentiel y gagne une trace durable, ce que son tirage ne lui garantit pas.
Dans une librairie, la plupart des commandes passent par une fiche en base : titre, auteur, éditeur, format, nombre de pages, prix, date de parution, résumé, parfois une image de couverture. Cette fiche se construit à partir de ce que l’éditeur ou son diffuseur déclare. Une fiche pauvre, un résumé de deux lignes, un format approximatif, et le titre se perd derrière des ouvrages mieux renseignés.
Pour des catalogues d’art, trois détails reviennent. Le format : un album à l’italienne ne se range pas comme un volume vertical, et le libraire a besoin des dimensions exactes pour prévoir son étagère. Le poids : il pèse sur les frais d’envoi comme sur le transport vers les points de vente. Et la description : elle doit dire en quelques phrases ce que contient le livre et à qui il s’adresse, sans emphase, parce que le libraire la reprend souvent telle quelle devant un client.
Rien de tout cela n’est spectaculaire, et c’est bien pour cela que ces points sont oubliés. Un livre d’artiste produit à quelques centaines d’exemplaires en a autant besoin qu’un titre à fort tirage : sa singularité même justifie qu’on le rende trouvable. C’est aussi ce que fait un diffuseur au quotidien, en transformant un catalogue en références exploitables par les librairies, comme le détaille notre article sur l’accompagnement des éditeurs indépendants.